L'APPEL DU COUCOU - DANIÈLE DUTEIL



JeffreyT. Larson




ciel bleu profond
un craquement dans les pins
libère une grive



*


lenteur des jours
un instant ciel et mare
confondus



*


soir d'été
sous son chapeau de paille
ses éphélides


*


vent d'est
derrière la terrasse
une biche



*


derrière l'église
un grand garçon lui apprend
à embrasser



*


le nez dans les cartons
cherchant des photos anciennes
l'appel du coucou



*


torpeur
en pointillés sur ma sieste
le cri des buses



*


soleil au zénith
ça et là en haut des pins
des grignotis



*


en plein champ
une vache mâche le vent
- elle a les yeux roses



*


pourquoi gémir ?
sur la terre craquelée
des pétales blancs



*


le premier serpent
du tas d'herbe a fait sa couche
pas même un regard



*


l’oiseau envolé
au creux de l’oreille
son chant



*


ma tête
le paysage
quelques brumes



*


douleur lancinante
le ciel
n'est plus que nuages



*


pluie et vent
des racines à nu
comme des entrailles



*


Sainte Espérance
il pleut
comme vache qui pisse



*


bientôt minuit
une araignée minuscule
parcourt mes notes



*


un peu de cannelle
sur les rondelles de pommes
des projets en tête



*


le coucou !
j'en oublie
la fin de ma phrase



*


petite brise
le bruit de la mer remonte
la forêt de pins



*


terrain à vendre
entre les herbes des colliers
de rosée



*


cimetière marin
un héron cendré médite
parmi les carcasses



*


mes cheveux emmêlés
rien que d'entendre le vent
dans les branches



*


enfants partis -
je passe la soirée
à arroser les plantes



*



ciel pourpre à l'Ouest
dans les flûtes embuées
le chant des bulles




*


grasse matinée
de branche en branche la queue
de l'écureuil



*


canicule
pendant la sieste chasser
les fourmis volantes



*


chaleur du soir
le bruit d'un bec contre une écorce
troue les heures



*


repensant
aux années écoulées
le cri de la chevêche



*


aux infos
les massacres d'innocents
- ciel pur sur la mer



*


roches millénaires
sous le pied leur arête
toujours aussi vive



*


sur l'îlot sauvage
la haie d'honneur
des cormorans



*


remous
une escorte de goélands
dans le sillage



*


tapis de bruyère
le galop des vagues heurte
celui des nuages



*


midi
face au chaos mon ombre
raccourcie



*


carnet grand ouvert
aujourd'hui je n'écrirai
rien de plus





Danièle Duteil






Commentaires

Danièle Duteil a dit…
Merci beaucoup de me mettre à l'honneur, Christian ! Je suis flattée.
La photo est superbe.
Unknown a dit…
Les haïkus de Danièle sont toujours des bijoux !

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