MON PÈRE - ROBERT GILLOUIN



Robert Gillouin - Photo et texte




Minuit-
la lune éclaire
le chemin de la ferme



*



malgré la clarté
mon sommeil
tellement lourd



*



premières heures
réveillé par un coup de fil-
votre père n'est plus



*



seul à savoir...
parvenir à décrocher
le téléphone



*



derrière le hangar
le soleil se pointe
comme d'habitude


*

silence


*


dans le tilleul
même les tourterelles
se font discrètes



*



sous le marronnier
un merle picore
seul



*



dans le pré la cabane
ne me regarde plus
de la même façon



*



absent à lui-même
ce matin un très vieil homme
ne s'est pas réveillé



*



en cette nuit superbe
son dernier souffle recueilli
par une belle pleine lune



*



il s'appelait Élie
il est
mon père



* * *


ce soir
au loin la pluie
vibre au soleil



*



trois verres de blanc
quelle est cette brume
qui monte du lac?



*



cabane dans les vignes-
le luxe
d'une fenêtre ouverte



*



cascades de Bacchus
dans le silence du couchant
du vert et du bleu



*



éblouie
la pluie retient
ses larmes



*



Léman-
regarder au loin
être en soi



*



sur le bord du chemin

assise, elle tricote-
nuages d'automne

 libéré de sa laisse

son labrador me sourit



*




terrain militaire

quelques vaches ruminent
l'été avance



*




certains matins

mon âme vide
comme un quai de gare



*




marché bio

tous les parkings blindés
de vieux diesels



*




marché bio

impossible de garer
sa voiture "propre"


*




couchant d'été 

les ronds dans l'eau 
des araignées 


*




vieille sente
le bruit des feuilles sèches
sous les pas


*



pas après pas

une balade complice 
au bord de la pluie


*



mi-décembre

les arbres finissent leurs strip-teases
moi ma tisane


*




vent et neige

casser quelques noix
près du feu


*




attente
écouter le silence

avant la neige




Robert Gillouin







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