PÉPINS DE POMME - LILAS LIGIER



Hasui Kawase - Étang de lotus



Dans le matin mauve
nouvelles du paradis
dans ma main ta lettre
 


*



Dans le vase bleu
un bouquet de fleurs nouvelles
la maison respire
 


*



Nue et parfumée
son habit d'or enlevé
~l'orange



*



Le lilas refleurit
la voix douce de ma mère
dans le vent qui passe
 


*



Les oiseaux chahutent
dans les branches chargées de fleurs
douche de pétales
 



*



Jardinier brouillon
il décoiffe les fleurs
le vent enjoué




*



Sur ses longues jambes
elle arpente l'été
~ la sauterelle




 * * *





Feux d'artifice~
juste après
le silence assourdissant
 


*



Feux d'artifices~
en profiter
me serrer contre toi
 


*



Bal ~
toi et moi
seuls dans la foule
 


*



14 Juillet~
prise de la pastille
la gorge en feu
 


*



Cris et rires
dans la nuit étoilée
~ pluie de lumière
 


*



Des odeurs de poudre
à mon nez s'accrochent
~ souvenirs d'autres juillets
 


*



Pétards~
un dernier
dans la fumée



 * * *




Dans le vieux rosier
l'araignée prend dans sa toile
les parfums d'antan



*


Sur la vitre sale
la trace de tes doigts
ceux de l'araignée



*




Dans la maison vide
elle a régné en maîtresse
l'araignée velue





*



Fourmis~
préférer à la grille de l'école
la clé des champs




*



Masser ta peau nue
avec une huile odorante
- poulet du dimanche




*



Sieste rêveuse~
dans l'air immobile
d'anciens automnes




*




Dans son petit poing
quelques violettes froissées
le printemps sur sa robe




*



Dans le ciel ouaté
le tourbillon des flocons
envie de danser




*



Silencieuse
entre le ciel et la terre
la danse des flocons




*



D'un regard lui dire
que le printemps a déjà
de roses boutons





* * *



Le long de son dos
l'enfance danse encore
dans ses longues tresses




*



Sa natte tressée
tant de matins à se voir
grandir dans la glace




*



La lune d'hiver
éclaire sur l'oreiller
ses tresses défaites




*



De ses doigts noueux
dans la journée elle tresse
des brassées de joncs




* * *



Son souffle léger
dans le creux de mon cou
voyage en eau douce




*




Personne ne passe
entre mon enfant et moi
le même souffle




*




 Au creux de sa paume
amour et avenir
~ pépins de pomme




*




Yeux fermés~
les graviers me chuchotent
l'humeur des passants




*




Entre les roseaux
mon vieil ami l'océan
premier regard




*



Vent violent —
parapluie tout retourné
  cœur battant




*



Cimetière-
ombre des pierres tombales
le chat noir médite




*



Chaque matin
au pied de la chapelle
la prière des roses




*



Écorce rugueuse
entre l'ombre et la lumière
des lignes de vie




*




Ton âme perdue
Vingt et un grammes de vent
ton amour me reste










Lilas Ligier









Commentaires

Danièle Duteil a dit…
Série très vivifiante. Le dernier haïku laisse planer beaucoup de non-dit.
Danièle Duteil a dit…
De jolis pépins !

Posts les plus consultés de ce blog

QUATRE HEURES DU MATIN - ABELHAK MOUCHATAOUI

VILLE HAUTE - CHRISTIAN COSBERG

D'UN PAYS À L'AUTRE - MOHAMAD ALSARI