PLAGE DE MAGUELONE - ANDRE CAYREL



Tatsuro Kiuchi

plage de Maguelone*
deux filles l’une à poil
l’autre épilée



*


à la météo :
« mer ridée à belle»
c’est tout toi dit elle


*


premier juillet
laisser notre moi dans l’ombre…
moi le premier



*


nuit agitée...
les bas de pyjama
au fond du lit



*


chaleur étouffante :
seules les robes d’été
ont l’air comme il faut



*


plage de Maguelone
j’ai aussi vu la couleur
de ses yeux


*


quelle chaleur !
même en robe d’été
plus un poil de sec



*


pluie sur le chemin
lumineux chaque matin
elle est sourire



*


cheveux blancs…
de plus en plus claire
sa blondeur



*


plage de Maguelone…
au soleil elle se fend
d’une origine



*


plage de Maguelone
une femme mystérieuse
en maillot



*



plage de Maguelone
nos deux vélos enlacés
sans chaîne

*



monde courbé
son corps allongé à l’origine
d’une droite



*


deux heures à tuer
le temps mort à la vie dure
sans elle



* * *



retour en montagne
pour les animaux les intrus
sont de retour



*


retour en montagne
les cris des geais remplacent
les klaxons
le clair de lune remplace
rien



*


le temps qui passe…
c’était mieux dans le temps
dit il en passant



*



pause sur le chemin
le rossignol nous empêche
de repartir



*


en visite
au petit cimetière :
il reste des places



*


tête à tête
l’oiseau surpris ne bouge pas
on est deux


*


heureux celui qui
se contente d’une fleur
le ciel n’est pas loin
heureux comme un scarabée
dans le calice d’un lys



*


chapelle perchée
des intrus entrent et referment
le silence



*


tous deux au ruisseau
c’est beau se dit il
un corps de femme




*


hameau perdu
on voit des gens qui ont vu des gens
entendre le loup



*


cœur de l’automne
rien n'incite plus à l'amour
que l'herbe tendre



*


à l’air libre...
on oublie vite de marcher
dans les clous



*


rencontres d’automne
je récolte pour l’hiver
des graines d’amis



*


vol de nuit
la lune et le vent
ouvre les volets



*


battements
des volets dans la tempête
des cœurs dans le lit



*


11 novembre
Je me souviens
de son corps désarmé
c'est tout



*


beaujolais nouveau
la robe rouge
de la jeune caviste



*


gare de Lyon
marchant vers les départs
un pigeon voyageur



*


robe d’été
où vont les jambes des filles
après



*


dans mon rêve
des robes se soulèvent…
le vent me réveille



*


Maguelone en hiver
le gris des bois flottés
s’accorde avec le ciel



*


Maguelone en hiver
une femme belle
comme l’été



*


image arrêtée...
une belle passante
qui ne passe pas



*


matin de Noël
l’écureuil sur la fenêtre
finit les toasts



*


Ces brefs moments
où la vie fait des promesses
intenables



*



Quand on se demande
si c'est le bonheur
ça l'est déjà



*


On vieillit en rêvant
Au réveil on revêt des habits
trop jeunes



*


seule dans son lit
la femme qui lit qui lit qui lit
rêve de papouilles



*


trois tombes fraîches
le vieux cimetière
revit



*


soleil de Rome
on ne replie jamais
les pins parasols







André Cayrel




* Plage de Maguelonne, plage naturiste.




















Commentaires

Danièle Duteil a dit…
Jolies variations sur la femme.

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